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L’amour, mais en vieux.

Ca fait bien longtemps que je n’avais pas parlé des vieux. Des petits vieux. Des futurs nous pour les plus vernis, de celles et ceux qui nous agacent et nous enseignent. Alors on va corriger le tir.

Culte du corps, régime, et techniques anti gravité. Oui mais que reste-t-il après ?

Nous nous forgeons un capital santé, retardons l’échéance. Se tonifier, manger sain. Equilibré, ne pas fumer. Mettre de la crème solaire, boire de l’eau pour ménager ses organes et sa peau. Une lutte onéreuse et perpétuelle contre le temps qui passe et nous emporte, ce train court et sans escale. Car le problème est bien là : on ne se rend pas compte que l’on vieillit, mais que l’on est vieux.

« Dis tu m’aimeras toujours quand je n’aurai plus ce corps ? » Malgré le temps qui passe, jurer de s’aimer encore.

Kristie et Tavis ont accepté une expérience étonnante, singulière. Futurs mariés, ils se sont fait maquiller pour successivement avoir un aperçu de ce à quoi ils ressembleraient à 50, 70 et 90 ans. Si les 50 ans donnent lieu à des rires, des « on dirait ma mère ! » et quelques plaisanteries enrobées de compliments, les 90 ans sont tout autres…

Regarder sa propre fin dans un miroir, contempler les années, les lire entre les lignes de son front, de ses joues, de son cou. Et le journaliste de demander – puisqu’il fallait bien achever la larme naissante – « quels seraient vos derniers mots » à ceux qui ne se sont pas encore échangés leurs voeux.

L’amour survit donc bien à la gravité. Du moins le temps d’une vidéo me direz-vous. Et bien pas que.

Comme le dit l’adage : mariage plus vieux (et non pas pluvieux ce qui n’a aucun sens si ce n’est de dédramatiser le piteux rendu des photos de famille), mariage heureux. Tourtereaux de maisons de retraite, couples ayant laissé des décennies les séparer avant d’enfin se retrouver, ou jeunes veufs : voici une série de clichés touchants et qui donnent de l’espoir pour nos vieux jours. Et puis, à en voir ces octogénaires faisant leur demande après un mois de roucoulades, l’urgence de la fin a semble-t-il pour réjouissance de ne pas s’embarrasser du temps passé ensemble.

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A 85 ans : re mariés après 47 ans de divorce.

 

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A 98 ans, il épouse enfin sa chère et tendre Jean.

 

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Ces résidents de maison de retraite se disent oui pour les 100 ans de la mariée.

J’aime beaucoup les petits vieux. Quand je les vois marcher avec peine dans les rues, j’ai l’impression d’ouvrir une fenêtre sur mon futur. D’avoir un aperçu de ce que sera ma vie dans 50 ans. Boitant, Avec une canne, bossue, dégarnie. Un petit sac de provisions à la main contenant 3 tomates et une bière. Et une demie brique de lait. Pour mettre dans le café le matin. Alors je profite de pouvoir encore lutter contre les signes du temps en martyrisant mon corps à coups de pompes. A force de sauts rythmés et d’astreintes alimentaires. Prenant les escaliers plutôt que l’ascenseur pour gagner quelques précieuses minutes de vie. Après tout, parfois de très belles choses arrivent en quelques minutes.

Et puis un jour je laisserai le temps gagner. Je laisserai ma peau et mes muscles se faire irrésistiblement attirer par le sol. J’userai d’artifices mais serai de toute évidence sereine. Ce petit désagrément d’aujourd’hui, ce bobo imperceptible sera sans doute un jour la cause de tous mes maux. Quand arrivera ce jour, je souhaite me réveiller le matin et faire face à une calvitie ponctuée de cheveux blancs. Des mains tachées, une toux d’homme qui m’empêchera de regarder le futur de la télé. Je serai peut être sa troisième femme, lui mon cinquième mari. Ou mon premier. Je regarderai des photos de lui jeune et le trouverai mieux ainsi, un peu sourd, pour quand je m’emporte contre lui.

Profitez de votre temps. Et si ce n’est pas maintenant, pas d’inquiétude. Il ne sera jamais trop tard.

2 Comments

  1. Anne says

    Quelle vidéo touchante. Tout est là… qu’y a-t-il de plus important que l’amour ? L’amour de soi bien sûr, nécessaire pour offrir l’amour de l’autre. Vieillir côte à côte, sans avoir comme éternelle préoccupation son apparence physique. Oui, le temps gagne à tous les coups. Mais il nous offre en échange la joie de se connaître. D’avoir des expériences. Apprendre encore et toujours. De laisser de côté le superflu pour atteindre un minimum de sagesse philosophique et dire, le jour venu, en fermant les yeux : « j’ai aimé ma vie. J’ai aimé. Et j’ai été aimé… »

  2. François says

    Merci Salomé pour cet article simple et dense.
    La vidéo est touchante à l’extrême. J’ai versé quelques larmes. J’étais déjà de l’autre côté du miroir et, tu vois, cela m’a redonné une force incroyable … Au fond, le temps n’existe pas ; il ne passe pas ; c’est nous qui passons dans le temps !

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