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La femme dans le métro.

Tiens, il faudrait que je recommence mes nouvelles « ma vie dans le métro ». Ca fait bien longtemps que je n’ai pas écrit de fiction, même Eric m’a dit hier midi que j’écrivais bien et qu’il fallait continuer. Je le note.

I learn from the best. Je n’écoute pas assez souvent Whitney Houston. Qu’est-ce qu’elle avait une belle voix. Elle donne envie d’acheter des bougies et de faire des mouvements au ralenti dans une sorte de grande robe en mousseline blanche. Et d’arrêter de s’épiler les sourcils également. Ca devait être bien de vivre dans les années 80.

Elle est belle cette femme. Est-ce qu’elle porte une perruque ou ce sont ses vrais cheveux avec un défrisage ? Depuis que j’habite dans le quartier des tresses j’en viens à douter de tout. C’est bien moins fun avec mes cheveux. Une fois qu’ils sont courts c’est terminé. Ca doit être bien de changer de tête tous les samedis. Elle se tient droite. Je devrais arrêter de faire la tortue c’est pas bon pour mon dos. Et puis ça donne une démarche abattue, fatiguée. J’ai pas envie qu’on se dise que je suis quelqu’un de fatigué. J’ai envie moi aussi d’être quelqu’un de fier.
C’est fou ce haut coloré. On passe notre temps à jongler entre le noir le gris et le beige, le jean pour les jours meilleurs. Là ça vit. C’est joyeux. Elle a le même regard que ma grand mère lorsque je ne me ressers pas à table. Le menton levé, la bouche légèrement pincée. Et puis elle a de jolies créoles. C’est beau les créoles.

La fille d’à côté a l’air de tenir une guitare. Il faut que je me remette à jouer sinon je vais tout perdre. Ca serait dommage moi qui commençais à avoir un peu plus de trois rythmiques dans mon répertoire. Elle me rappelle Marie Anne. Les cheveux bouclés, un collier en perles de bois peintes.

Tiens Melody Gardot, ca faisait longtemps. Je suis très contente de la voir une deuxième fois en juin. Ca va être un beau moment ce concert. C’est dans un mois. C’est long un mois. En même temps il va passer vite ce mois de juin. Il faut qu’il passe vite. J’écoutais Melody dans mon ancien appartement, sur mon balcon. Je me souviens que je me posais là pendant des heures, à enchaîner les cigarettes, à finir ma clope avec un verre de vin blanc, à finir mon verre avec une Marlboro. Et puis il faisait doux. C’était petit mais c’était bien. Comme une cabane en plus grand. Une cabane rien qu’à soi. J’aime beaucoup Melody Gardot, elle donne envie d’être amoureuse. J’aime bien être amoureuse.

Le métro me bringuebale. Je repense à cette scène du Porteur d’Histoires, où la femme dans la calèche raconte son passé à Alexandre. La comédienne se balançait d’avant en arrière. Je ne l’écoutais plus et me calais sur ses mouvements, c’était comme une berceuse. J’avais envie de fermer les yeux et de me laisser porter moi aussi par ce chemin cabossé.

Tiens, le métro s’est vidé en trois stations. Il ne reste que cette femme et moi. Marie Anne vient de sortir à Louise Michel. Des pop corn gisent sur le sol. Ils me ramènent à Pekin.

Fantastique vie.

Alors que je referme mon carnet, la femme se penche vers moi et me demande si je peux l’aider. J’ai l’air gentil, c’est pour ça qu’elle se permet de me déranger. « Connaissez-vous Levallois »? Non, j’y viens pour un cours de sport. Mais je peux certainement l’aider. Elle recherche une Eglise. Elle doit s’y rendre. Cela explique les habits colorés, elle s’est fait belle, c’est un jour de célébration. « Le jeune garçon que je garde se fait baptiser aujourd’hui ». Nous sortons ensemble au terminus. Je lui dit que j’ai écrit sur elle dans mon petit carnet pendant notre trajet, parce que je la trouvais belle. Une femme nous croise, elle non plus ne sait pas où se trouve l’église. Il ne faudrait pas qu’elle arrive en retard. En haut des escaliers le réseau revient sur mon téléphone. Elle aurait du descendre à la station d’avant, c’aurait été plus près pour elle. Je lui donne mes meilleures indications. D’un grand sourire elle me demande si elle peut m’embrasser, je l’accepte évidemment. Une étreinte d’une grande douceur. On est heureuses de s’être croisées. Avant de partir je lui demande si je peux la prendre en photo, « oui avec plaisir ! ». Le cliché terminé je repars dans ma course contre le temps direction la salle de sport. J’ai honte de ne pas l’accompagner jusqu’à l’Eglise.

Sur le trajet du retour je ne croiserai que des hommes et des femmes abattus, pressés, stressés, énervés. En colère contre le monde, en colère contre eux. Je me détache des ombres, me dit que je ne lui ai même pas demandé son prénom. Un homme hurle derrière moi. Il est dans le métro depuis 3 heures et tout ce qu’il a sur lui sont ses misérables 30 centimes. Il sort de psychiatrie, il a besoin de manger, besoin d’un regard, besoin d’aide. Mes deux derniers euros sont partis il y a une heure, j’ai mangé ma barre de céréales. Alors je baisse les yeux, monte le volume de mon iPhone. Whitney Houston reprend de plus belles dans mes oreilles, je ferme les yeux et repense à cette femme. L’homme crie au loin qu’il va se jeter sous le métro, il le répète plusieurs fois. Cela n’importune plus personne…

La beauté de cette femme aura été plus exceptionnelle dans mon quotidien que la promesse faite par un homme de s’ôter la vie.

Fantastique vie.

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