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Voyage – Une nuit à Rabat.

Dans une heure mon avion atterrira à Paris, la vie ne reprendra pas son cours, elle le poursuivra améliorée. Il est des moments qui embellissent la course du quotidien.

Le voyage touche à sa fin. De l’autre côté de l’allée, un homme étale soigneusement la petite barquette de fromage blanc collation Air France sur un bout de pain qui tient plus de la brioche. De l’autre cotée de l’allée toujours, un autre homme balance son regard de droite, à gauche, tout en empilant canettes et verres en plastique pour un astucieux gain de temps pour l’hôtesse de l’air… et pour mieux tuer le sien.

Cette promesse d’air chaud, de musiques orientales, occidentales et de saveurs d’ailleurs est bien palpable. A trois heures de Paris, à Rabat, se déroule la 14eme édition du festival Mawazine. Je n’en avais jamais entendu parler avant, j’en parlerai désormais toujours.

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Le taxi m’emmène avec peine à l’aéroport. Le vendredi soir est synonyme de traffic, d’embouteillages, de comportements imprévisibles. D’agacements en tous genres, de klaxons furieux, d’injures même… Mon chauffeur est sourd. Cela ne le dérangera certainement pas le moins du monde. Il semble en dehors de toute agitation, et c’est avec une sérénité fataliste que j’embarque à temps à bord du vol 1358.

Au décollage, pour la première fois depuis quelques voyages, j’expérience un soulagement et l’envie d’ailleurs qui m’avait quittés. Un avion qui peut mener à un autre, de pays en pays, sur un coup de tête. Munie d’un passeport et d’une carte bancaire (en début de mois), les pays d’Afrique seraient à moi. Les avions turbulents et peu rassurants, m’approprier le Voyage d’Hector le temps d’un bol d’air.

L’air est chaud, Brahim conduit calmement en annonçant 30 minutes de trajet. Tutoiement de rigueur, palmiers qui défilent. La ceinture de sécurité est inexistante. On est à bord d’une voiture pour profiter du voyage, pas pour s’assurer de bien arriver en vie à destination. Qu’importent les imprévus, la route défile.

La foule est dense, compacte, à l’approche du Sofitel de Rabat. Mon dernier séjour dans un Sofitel remonte à mon enfance. Il s’agissait du Sofitel de Marseille. Les petits- déjeuners étaient extra ordinaires. Des corbeilles de viennoiseries. Avec plus d’un pain au chocolat par personne. Un jus d’orange pressé frais, sur un chariot recouvert d’une nappe immaculée. La vue sur le port, l’insouciance de l’enfance dans la conscience tout de même d’un privilège certain. C’est dans ce même état d’esprit que je pose un pied hors du taxi, et foule l’entrée du lobby. C’est parti pour 36 heures d’inconnu.

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J’entends parler du concert d’Usher et de « celui de Sting qui était incroyable. Il a repris tous ses anciens tubes ! ». Pierre l’a même croisé au hamam. Nous sommes donc logés au même hôtel que les artistes. Je vois défiler d’un doigt les clichés de l’artiste à la barbe nouvellement très fournie. « La foule était en délire ». On me parle de 180.000 personnes, j’ai surement mal entendu. Les gens sont surement trop saouls. Ou trop joyeux. L’excitation décuple, exagère, embellit.
Des cris stridents d’adolescentes retentissent depuis la terrasse. Mouvement de foule, courses effrénée d’une jeunesse en baskets et sandales, téléphones brandis en boucliers : Usher vient de rentrer à l’hôtel. Alors que Fatima peine à attacher mon bracelet en plastique, graal du festival, nous nous écartons d’instinct pour éviter le raz de marée qui arrive en notre direction. Je dégaine à tout hasard mon téléphone, n’espérant rien du cliché si ce n’est une masse compacte et floue au milieu de laquelle se cache Usher. L’avenir me donnera raison.

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Il est trois heures du matin heure française lorsque je rejoins ma chambre, où la musique, assourdissante, invitant à la fête, résonne. Johanna nous prévient « cet air va devenir rapidement votre pire cauchemar ». Je ne cesserai jamais de me trémousser devant le miroir à chaque trajet dans l’ascenseur.

Réveil matinal, course, renforcements narcissiques, piscine : une journée de 22 heures s’ouvre à moi. Ne le sachant pas encore, je me mets dans les meilleures conditions pour l’accueillir…Ou la provoquer.

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Ce soir Maroon 5 clôture le festival. La conférence de presse débute sous peu, je fais la connaissance des autres invités avec qui je couvrirai la fin de Mawazine, les filles sont belles, apprêtées. On est à peu de choses près dans un nouvel opus de Sex & the city. Elles ont des blogs, qu’elles font vivre à force de billets, d’impressions, de voyages, et de photos. De beaucoup de photos. D’elles, principalement. C’est une formidable expérience de terrain. Chaque pose est réfléchie. Elles semblent vivre le paysage qui nous entoure à travers le prisme d’un beau cliché. De la lumière qui tombera parfaitement sur leur visage, des couleurs de la Medina qui rappellera les perles de leurs bracelets. Elles sont arrivées plus tôt cette semaine. Elles ont pu contempler les déhanchés provocateurs (et polémiques) de JLo, le chapeau de Pharell, les danseurs d’Usher et le velours de Sting. Les conférences de presse, elles les connaissent sur le bout des doigts.

Une fois dans la salle de conférence, Aude me pointe du doigt une fille à la coupe impeccable en tenue bleue « elle, elle demande toujours une photo à la fin de sa question. Hier elle s’est ruée sur Usher à la fin de la conf ». Alice me désigne l’homme à qui faire les yeux doux pour effleurer la possibilité d’une question posée à Adam Levine et deux de ses musiciens. Je voudrais lui parler de ses projets cinématographiques, de leur dernier clip dénudé et goût pour la (sage) provoc’ (cul nu !) alors qu’ils s’apprêtent à jouer devant un public qui ne consomme pas d’alcool, couvre parfois ses cheveux d’un voile, et arbore les portraits d’un Roi. L’attachée de presse annonce l’arrivée imminente des artistes, commence alors la course folle aux questions (dont je ne ferai pas partie) qui durera 15 minutes. Aude avait raison, la femme en bleu ponctue sa question d’une demande de photo. Idem pour ce journaliste Marocain, qui « vit entouré de femmes et ne pourra pas rentrer chez lui sain et sauf s’il ne repart pas avec un cliché en compagnie d’Adam en poche ». Etrange coutume.

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Les membres de Maroon 5 se prêtent au jeu des questions / réponses. Alternent traits d’humour, gratitude et récit de leur découverte de la culture locale. Lorsque la dernière question retentit, ils prennent intelligemment de court le mouvement de foule en s’éclipsant. Une interview filmée les attend dehors, sous un soleil de plomb, à quelques mètres d’un regroupement de jeunes groupies marocaines.

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Nous entrons dans un mini bus climatisé, direction la Medina, où nous allons paraît-il, déguster un couscous d’exception. Sur place un homme nous attend. Il doit nous conduire à travers le dédale de ruelles à la porte du restaurant : le Dinarjat. Les entrées se succèdent, puis les imposants plats de couscous, tajines, pastillas, légumes, les bols de bouillon, avant le traditionnel thé à la menthe.

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Trois filles de notre groupe partent à la poursuite du bon rayon de soleil pour mettre en valeur leurs tenues et restituer à leur manière l’expérience qu’elles sont en train de vivre. On m’offre le choix entre une visite de la ville et une après-midi de repos au bord de la piscine. Un heureux enchainement de circonstances me fait renoncer à la visite, et m’emmènera dans une folle nuit de rencontres, de crapauds qui copulent, de plaisanteries autour de mauvais cocktails et d’une dernière cigarette.

21h45. Nous partons pour la scène principale. La foule est dense, éclectique, calme. Les spectateurs patientent tranquillement, brandissant des affiches à la gloire de Maroon5. Accréditation autour du cou, nous passons les sécurités et sommes installés aux pieds de la scène.

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Un peu plus loin, l’estrade réservée aux captations. La vue sur la scène – gigantesque – y est imprenable. Derrière nous s’étendent des dizaines et des dizaines de mètres de public. On n’en voit pas le bout, pas même lorsque l’une des caméras la retransmet sur l’un des écrans géants brandés Mawazine. Le week-end précédent, je couvrais We Love Green dans les jardins de Bagatelle. Le changement d’échelle est étourdissant, bien que sans « démesure ». Une régie sans couac, une production impeccable. On se croirait dans un stade alors que quelques jours auparavant nous aurions foulé un terrain vague. Les enfants se frayent un chemin au milieu d’adolescentes qui chantent à tue tête « Animals », surveillés de loin par leurs mères et leurs époux. Quelques écrans de téléphone se tendent vers la scène pour Move like Jagger, chacun a son espace pour danser, la température avoisine les 30 degrés. Adam Levine parcourt la scène de gauche à droite, lance des regards aux filles en délire. Un show millimétré qui enchaine tube sur tube. En guise de clôture, le groupe brandit un drapeau marocain devant une foule qui applaudit à tout rompre, ainsi s’achève cette nouvelle édition.

L’ambiance aura été douce pendant neuf jours pour quelques 2,5 millions de spectateurs venus assister à une programmation de plus de 1500 artistes au festival Mawazine, qui se targue de n’être rien de moins que le deuxième festival mondial. Voilà de quoi rendre un président heureux.

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Le trajet retour à l’hôtel est tumultueux, le groupe a de nombreux fans qui souhaitent fouler la moquette de l’étage où résident leurs idoles (le sixième)… Nous nous réfugierons à notre grand désarroi au bar pour fêter dignement cette fin de festival.

Sur le vol retour qui me ramène à Paris, j’entame la version livre du Voyage d’Hector, qui ouvre sur un chapitre dédié aux patients de ce psychothérapeute qui ont tout mais ne sont heureux de rien. Qui se demandent s’ils ont épousé la bonne personne, qui ont à se plaindre de leur quotidien. A cet instant précis, sur une énième complainte de Melody Gardot, je relève la tête en direction du siège et me revient la scène finale d’American Beauty, celle là même précédant l’exécution du personnage. Les quelques lignes agissent comme révélateur et à cet instant tout est parfait. De l’instant présent au souvenir d’une nuit à Rabat, Mawazine m’a poussée dans les retranchements d’une journée dont il faut profiter à fond. Aucune heure n’est à perdre, pas une seconde n’est à concevoir avec hésitation. Il s’agit d’avancer, de tester, d’aller de l’avant et de profiter. Revenue sur la note amère d’un souvenir à Marrakech, ce voyage me réconcilie. Au delà du cadre privilégié, pas une seule rencontre ne laisse autre goût que de la gratitude pour les bons moments passés ensemble.

Parce qu’il fut une journée qui dura 22 heures, qui se fit attendre, désirer puis aimer, et que toutes devraient lui ressembler.

Merci* Mawazine, et à l’année prochaine.

Pour un aperçu de l’ambiance sur place, voici une video making of du festival
Le Festival Mawazine Rythmes du Monde a été crée en 2001 sous le haut patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Site: http://www.festivalmawazine.ma
Facebook: http://www.facebook.com/festivalmawazineofficiel
Twitter: http://www.twitter.com/FestMawazine

*Merci Pierre, Alice, Aude, Soraya, Fatima, le mec en costard gris, « l’ingé son », mon chauffeur sourd et mes compagnons nocturnes pour ce superbe week-end et ces précieux moments.

 

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