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Annick

« Je suis Bretonne, je suis une paysanne ».  Nous sommes place de la Nation, jeudi. Autour de nous des paysans en colère, des agriculteurs venus de la France entière. Les régions sont montées à Paris en tracteur, à l’assaut de la capitale pour défendre leur droit de survivre. Au milieu de la foule se tient une femme aux cheveux blancs, entre deux drapeaux Bretons, tenus par des jeunes filles. La jeunesse part, ne reste qu’Annick. « J’ai gardé mes vaches jusqu’à 18 ans, avant, il n’y avait pas de tracteur ». Annick est une romantique. Elle n’est pas ici par hasard, elle avait prévu de venir les soutenir. « Les paysans ce sont ceux qui nourrissent les autres ». Elle déplore qu’à notre époque, on considère les paysans comme « rien du tout ». Les enceintes derrière nous crachent les revendication des différents mouvements dont les représentants se succèdent sur scène. Un homme scande à la foule, entre colère lassitude et désespoir : « nous ne sommes ni inférieurs ni supérieurs aux autres. Nous sommes juste des acteurs du territoire, qui veulent être entendus ». Annick …

Gérard

« Vous avez une belle écriture. Une écriture de ministre ! ». Gérard  regarde attentivement mes notes. Chaque mouvement de stylo est scruté, d’un oeil bienveillant, simplement curieux. Je suis place de la République depuis bientôt 40 minutes, à vagabonder entre les différents stands d’associations. Naviguant de brochure en brochure, de brassard en dossard. « Aujourd’hui à la rue, morts demain ! », « Petits frères des pauvres », « Emmaüs », une foule éparse et parfois compacte, enveloppée dans des couvertures en aluminium doré. Un vieil homme s’approche de moi (est-il vraiment vieux ? Son visage semble plus marqué par la vie que par le temps) et me demande, le regard fuyant, comme s’il ne méritait plus qu’on l’écoute, si je peux l’accueillir dans mon lit ce soir. Le culot est attendrissant, je décline, « ah pas comme sainte Elizabeth qui accueillait tout le monde dans son lit ». Ca devait en faire du monde. Qu’en disait son mari ? « Il n’était pas bien content ». A-t-il pris lui aussi une de ces couvertures « de survie » distribuées à tous gratuitement ? Non. La dignité est plus forte que …

Fred

Un homme imposant entre dans la friperie, sa cigarette électronique à la main. Il part chercher une boisson de l’autre côté de la rue puis revient. Immobile au milieu des portants de fourrure et des bottes en cuir à l’odeur d’un autre temps. Son regard passe d’une cliente à l’autre, il est comme loin dans ses pensées. Nos regards se croisent, il le maintient. Je viens de rencontrer Frédéric.

David

Je distingue un bruit loin derrière mes écouteurs. Gregory Porter me raconte les femmes qu’il aime mais je sens que quelqu’un d’autre s’adresse à moi. Je coupe le son, tourne la tête. « Vous auriez pas une pièce s’il vous plait ? ». Je viens de rencontrer David, 35 ans, sans domicile fixe.