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Annick

« Je suis Bretonne, je suis une paysanne ».  Nous sommes place de la Nation, jeudi. Autour de nous des paysans en colère, des agriculteurs venus de la France entière. Les régions sont montées à Paris en tracteur, à l’assaut de la capitale pour défendre leur droit de survivre. Au milieu de la foule se tient une femme aux cheveux blancs, entre deux drapeaux Bretons, tenus par des jeunes filles. La jeunesse part, ne reste qu’Annick. « J’ai gardé mes vaches jusqu’à 18 ans, avant, il n’y avait pas de tracteur ». Annick est une romantique. Elle n’est pas ici par hasard, elle avait prévu de venir les soutenir. « Les paysans ce sont ceux qui nourrissent les autres ». Elle déplore qu’à notre époque, on considère les paysans comme « rien du tout ». Les enceintes derrière nous crachent les revendication des différents mouvements dont les représentants se succèdent sur scène. Un homme scande à la foule, entre colère lassitude et désespoir : « nous ne sommes ni inférieurs ni supérieurs aux autres. Nous sommes juste des acteurs du territoire, qui veulent être entendus ». Annick …

Sergio, Michael et la pêche.

Je marche l’air triste et grave lorsque je croise leur canne à pêche. Je les évite depuis bien trop longtemps. Demi tour en leur direction. Nous sommes place de la République, en ce tout début d’après-midi. Je demande aux deux hommes si je peux m’asseoir à coté d’eux. Je viens de rencontrer Sergio et Michael.

Daniel

Sur un trottoir du troisième arrondissement, un vieil homme se tient penché sur un tas de détritus, son vieux vélo sanglé d’une cagette posé à ses côtés. Il ouvre les sacs plastiques, pousse un vieux matelas, fouille un sac de voyage au tissu vieilli. Cet homme, c’est Daniel. Il revient tout juste de Belleville, où il a acheté des poires au marché « car elles sont pas chères ». Il a également ses habitudes dans une pharmacie du quartier, où le gérant lui fait ses photocopies. Je lui propose un café, il m’indique vouloir poser son vélo, me parle de banc. Nous voilà l’un et l’autre roulant à douce allure sur les trottoirs d’Arts et Métiers, en recherche de l’endroit idéal. En chemin je me demande s’il se souvient être suivi. Il jette son dévolu 300 mètres plus loin sur un abribus. Pose son vélo contre la vitre et m’invite à m’asseoir. Daniel cherche quelque chose dans ses poches extérieures tout en me racontant qu’il revient de l’hôpital. Sa femme Marie y est actuellement soignée pour un cancer. Il …

Jacques

Jacques ne fait pas son âge. Devant ma perplexité et mon incrédulité il se retrouve obligé de me montrer sa carte d’identité. Force m’est alors de le croire : né en 1945 il fêtera ses 70 ans dans quelques jours. Il a prévu pour l’occasion de réunir toute sa famille au Casino de Forges-Les-Eaux en Normandie. Il fait cela chaque année car le buffet y est délicieux et surtout, parce qu’il n’a rien à faire. Jacques a arrêté de cuisiner depuis quelques années, peu après le décès de son épouse. Il est chauffeur VTC pour pouvoir continuer à mener ce train de vie. Hors de question de se préparer à manger, quel que soit le jour ou le repas « c’est fini tout ça », « je fais ça (chauffeur) pour manger dehors ». Etonnant lorsqu’on sait qu’il a exercé pendant des années le métier de boulanger. Touche à tout, il est pendant dix ans transporteur avant de devenir bénévole pour une association de pétanque dans le 95, qu’il arrête peu après « car j’ai un caractère de cochon ». On lui disait « c’est bête que …

Bajic

Dans une petite rue du 17eme arrondissement de Paris, comme épargnée au milieu des restaurants et des boutiques actuelles alentours, se trouve une petite « Retoucherie ». Une porte en bois et une petite vitrine à travers laquelle on distingue avec peine un amoncellement de vêtements, un bureau sur lequel trône une vieille machine à coudre entourée d’un poste radio, d’une boîte vide de nougats et de gâteaux au chocolat à triple emballage. Suspendu au plafond, un tableau aux couleurs très vives représentant des fleurs. « Je le donne pour 500€ ! ». Bajic est la maîtresse des lieux, nous sommes dans son atelier. Presque aveugle, à moitié sourde (l’autre moitié exigeant que l’on hausse la voix et se rapproche de son oreille), Bajic revient tout juste de la mairie où elle est allée emprunter des CD. Point de musique mais des romans. Elle se désole qu’il n’en existe pas sur « la vie après la vie », elle qui bien que chrétienne aime tout particulièrement la philosophie Bouddhiste « il faut faire de bonnes action, il n’y a que ça qui compte » avant d’enchaîner : …

Le sourire d’Anna.

Il y a cette fille qui séjourne depuis plusieurs moins à l angle de ma rue. Séjourner semble être un mot bien mal choisi et pourtant elle occupe ce bout de vitrine chaque jour de 7h du matin à la tombée de la nuit, disparaissant parfois pendant quelques semaines, avant de réapparaitre un immense sourire scotché aux lèvres. La tête voilée d’un foulard aux couleurs passées, vieux rose orange et vert, emmitouflée dans un manteau bleu marine dont on ne distingue même plus sa taille tant il l’enveloppe jusqu’aux pieds. Un caddie repose à côté d’elle parfois. Quelques tupperwares de nourriture ou des viennoiseries dans un sachet en papier que lui apportent quelques passants. Le quartier est étrangement choisi. Ici il n’y a pas foule, et l’on n’y vient pas par hasard. Boutiques du sentier, cabinets d’architecture ou de design se côtoient, ainsi que de nombreuses familles avec enfants en bas âge, et quelques intermittents comme moi qui y promènent leur chien. Pourtant, elle ne souhaite pas changer d’endroit, elle ne veut pas se déplacer. …